Introduction à la prédication :

L’autre jour en rentrant à la maison voilà dans quel état j’ai retrouvé le tilleul de l’église de Burtigny.

 

 

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Effarée j’ai demandé aux forestiers présents : «Vous l’abattez ?»

« Non » fut la réponse laconique d’un des bûcherons. (Ces hommes là ne sont pas très loquaces)

La semaine précédente quelques branches avaient déjà été coupées et un de mes paroissiens – forestier lui aussi – m’avait abordée sur un mode plutôt catastrophé : « S’ils voulaient le tuer, ils ne s’y prendraient pas autrement » m’avait il dit. « Cet arbre ne résistera pas à un tel carnage ».

Je transmets ces craintes au bûcheron devant moi. Du coin des lèvres il sourit et me répond. « Les tilleuls répondent plutôt bien à ce genre de traitement. »

Plutôt ??? Avec un tilleul vieux de 650 ans vous prenez le risque qu’il réponde plutôt bien ??

Vous jouez les apprentis sorciers ou quoi ? Si je comprends bien, votre taille c’est ça passe ou ça casse c’est ça ?

« C’est ça » me répond-il, et il s’en retourne ramasser quelques branches pour les enfourner dans la broyeuse…

Autant vous dire que je suis passée par tous les états d’âmes.

Dans mon cœur passaient et repassaient les images de la révolte des arbres dans le « Seigneur des anneaux », le massacre des orques noirs et les forêts décimées se levant pour venger l’outrage.

J’ai même laissé s’échapper quelques larmes.

J’ai pensé que cet arbre avait survécu pendant 650 ans et qu’il serait mort comme ça sans que je ne puisse rien y faire.

Je me suis dit que dans 100 ans on parlerait encore de moi ici comme de la pasteure qui avait fait mourir le tilleul de Burtigny durant son ministère… Vain orgueil de l’humain qui croit que tout tourne autour de sa petite personne.

 

J’ai envoyé un S.O.S sous forme de WhatsApp à une copine horticultrice en lui montrant la photo de l’arbre.

« Ciel  emoji-smiley-33 » fut sa réponse…Avant d’ajouter : «C’est une souffrance pour lui. Tu peux prier pour lui et demander pardon pour les hommes qui ont fait ça.»

J’étais dégoutée : « Pries toi-même » avais-je envie de lui répondre rageusement. Je me suis retenue et le lui ai demandé gentiment… sad-emoji

J’ai poursuivi mes réflexions :

Naître, vivre et puis mourir, n’est-ce que cela le destin de toute chose sur cette terre. Même si – comme ce tilleul – on a été témoin d’environ 820 mariages, décor d’à peu près 1650 baptêmes et réceptacle de centaine de milliers de prières d’hommes et de femmes passant sous ses branches pour se rendre au cimetière.

Et puis, ce qui a ajouté à ma tristesse c’est qu’immédiatement j’ai fait le parallèle entre le destin de ce tilleul et celui de la paroisse…

Des siècles de vie commune les rapprochent… Auraient-ils également en commun ce funeste destin ? Le massacre du tilleul de Burtigny serait-il le signe d’un drame imminent pour la communauté toute entière ?

Ne va-t-il pas arriver le temps où l’on devra faire à nos paroisses ce que ces hommes ont fait à ce vieil arbre ? Couper et élaguer jusqu’à ce que ne demeure que le tronc et quelques branches dénudées ?

Si le tilleul résiste à ce traitement qu’en sera-t-il de nos vieilles institutions ?

Je dois bien vous l’avouer, j’étais de plus en plus perplexe et perdue…

Et si ces hommes avaient raison ? S’il fallait en passer par cette souffrance là ?

En ce temps de l’Avent me sont alors revenues les prophéties d’Esaïe au sujet d’une souche et d’un rameau. Me sont également revenues les paroles de ce vieux cantique protestant. Celles qui disent : D’un arbre séculaire, du vieux tronc d’Isaï… Durant l’hiver austère un frais rameau jaillit et sur le sol durcit, dans la nuit de la terre, une rose a fleuri…

Avant d’aller plus loin dans toutes ces réflexions, je vous propose de demander à notre lecteur du jour de venir nous lire ce passage d’Esaïe, puis je vous proposerai de chanter ensemble ce vieux cantique…

Alleluia 32/16 : D’un arbre séculaire 1-3 (p. 364)

 

Lecture : Esaïe 10,33 à 11,10

33 Voici, le Seigneur, l’Eternel des puissances, brise les rameaux avec violence : Les plus grands sont coupés, les plus élevés sont abattus.

34 Il renverse avec le fer les broussailles de la forêt, et la forêt du Liban tombe sous le Puissant.

1 Alors un rameau sortira de la souche d’Isaï, Et de ses racines, une pousse portera du fruit.

2 L’Esprit de l’Eternel reposera sur lui: esprit de savoir faire et d’intelligence, Esprit de bon sens et de force, esprit de connaissance et de respect de l’Eternel.

3 Il respirera le respect de l’Eternel; Il ne jugera pas sur l’apparence, Il ne prononcera pas sur une simple rumeur.

4 Mais il jugera les pauvres avec équité, Et il prononcera avec droiture un jugement sur les malheureux de la terre; Il frappera la terre de sa parole au lieu d’un bâton, Et du souffle de ses lèvres il fera disparaître la méchanceté.

 

5 La justice sera la ceinture de ses flancs, Et la fidélité la ceinture de ses reins.

6 Le loup habitera avec l’agneau, Et la panthère se couchera avec le chevreau; Le veau, le lionceau, et le bétail qu’on engraisse, seront ensemble, et un petit enfant les conduira.

7 La vache et l’ourse auront un même pâturage, leurs petits un même gîte; Et le lion, comme le boeuf, mangera de la paille.

8 Le nourrisson s’ébattra sur l’antre de la vipère, Et l’enfant sevré mettra sa main dans la caverne du basilic.

9 Il ne se fera ni tort ni dommage Sur toute ma montagne sainte; Car la terre sera remplie de la connaissance de l’Eternel, comme le fond de la mer par les eaux qui le couvrent.

10 En ce jour, le rejeton d’Isaï sera là comme une bannière pour les peuples; Les nations se tourneront vers lui, Et la gloire sera sa demeure.

Alleluia 32/16 : D’un arbre séculaire 1-3 (p. 364)

 

 

Prédication

Voilà donc le texte et le chant qui me sont revenus en contemplant ce vieil arbre.

Voilà ce qui a donné à ma méditation une tournure bien plus optimiste. Même si on peut se demander si une rose vaut un cèdre du Liban ou même un tilleul… A vues humaines j’aurais tendance à dire que non mais ce sont des choses qui doivent se discuter.

Alors reprenons notre texte :

Esaïe dans ce texte nous dépeint une souche, ce qu’il reste d’un ancien grand arbre et même d’une forêt tout entière. Le tronc du grand arbre a été cassé en deux, les branches ont été arrachées par une tempête de vent, il ne reste qu’un bout du tronc, un peu noirci par le feu, et des racines.

D’ailleurs toute la forêt est à terre, dévastée, tout est noir et gris, sauf une petite pousse d’un vert tendre, qui a déjà la hauteur d’un homme et qui porte des fruits, ou en portera certainement tout bientôt.

C’est un peu comme dans Astérix et Obélix. Toute la Gaule est occupée… toute ? Non… un petit village résiste. Ici dans ce texte, un petit rejet de vie, résiste à ce paysage de mort. Comme si la vie était plus forte que la mort… comme si rien ne pouvait jamais l’éteindre.

Ce qui est intéressant également c’est que cette destruction est l’oeuvre de Dieu. Comme si abattre, élaguer, faire ainsi de la place pour du neuf était une oeuvre divine…

Et puis la suite du texte nous la connaissons bien. Ce texte que nous avons l’habitude d’entendre dans ce temps de l’Avent nous annonce le messie, nous annonce le Christ Jésus, celui que nous attendons en ce temps de l’Avent, répétant depuis plus de 2000 ans l’attente des anciens d’Israël.

Depuis des siècles, suivant l’enseignement des apôtres qui ont vu en Jésus le messie de Dieu, nous proclamons que ce rejeton c’est Jésus. Jésus venu inaugurer un règne de paix sans précédent. Venu ramener la vie là où tout avait été arraché et détruit.

Oui depuis des siècles c’est bien ce que nous croyons et répétons dans nos églises. Sauf que…

Sauf que Jésus est venu il y a 2000 ans et que vous le voyez où l’accomplissement des prophéties d’Esaïe ?

Où voyez-vous que la méchanceté a disparu sur notre terre ? Dans quel zoo imaginaire avez-vous été vous promener pour voir le loup se coucher avec l’agneau et la panthère avec le chevreau ? Quel journal avez-vous ouvert, quelle émission avez-vous regardé qui vous permet de dire qu’il ne se fait aucun tort sur la montagne sainte de Dieu… en plein coeur d’une des zones où il y a le plus de conflit dans le monde… ?

Je vous le dis tout de go – et c’est un argument que nous servent souvent les gens qui ne croient pas en Dieu – . Si Jésus n’a pas inauguré ce paradis annoncé par Esaïe, c’est tout bonnement qu’il n’est pas le messie que nous attendons !

Et ce texte n’est d’ailleurs qu’une des nombreuses incohérences de la bible avec laquelle nous avons fait bien des arrangements. 5

Alors quoi ? Je retourne à ma déprime et je me dis que tout est vain et inutile ?

Pourtant ce texte nous parle bien d’espoir… Et ça personne ne pourra dire le contraire…

Le problème voyez-vous c’est qu’en voulant comprendre le texte biblique au pied de la lettre, en voulant même le mettre dans des cases, nous le sous estimons et nous le réduisons…

Or si cette parole nous vient vraiment de Dieu, elle est bien plus grande, bien plus haute, bien plus profonde que ce que nous imaginons.

Un autre problème c’est que souvent nous lisons ces vieux textes comme s’ils ne nous concernaient pas, comme si ces prophéties étaient mortes parce que réalisées. Alors qu’en réalité ces textes sont intemporels. Ils nous concernent aujourd’hui encore. Ils nous concernent peut-être même plus que jamais.

Bien sûr Esaïe les a écrits dans un contexte précis en pensant à une situation particulière. Mais, en réalité, ces textes sont valables pour tous les temps, pour toutes les époques. Il faut seulement que nous nous les réappropriions. Que nous comprenions que ces prophéties ne se sont pas accomplies une fois pour toutes quand Jésus est venu, mais qu’elles sont toujours, encore, incessamment, en train de se réaliser.

Ce passage comprend une promesse, et plus qu’une promesse. Il nous dit que Dieu est à l’oeuvre partout, en tout et surtout en nous.

C’est Dieu qui abat la forêt, et c’est Dieu qui permet à ce rejeton de pousser. C’est Dieu qui détruit les vieux arbres, les vieilles plantes qui étouffaient le rejeton et l’empêchaient de grandir. C’est Dieu qui met le feu aux broussailles qui ne portent pas de fruit et empêchent la vie de venir et d’éclore.

Et ce rejeton, eh bien c’est chacune et c’est chacun d’entre nous. Dieu crée les conditions de notre existence et de notre sacerdoce sur cette terre à chacune et à chacun…

Parce que Jésus est venu et qu’il nous a enseigné l’amour, la justice, la droiture. Il nous a donné son Esprit, un esprit de savoir faire et d’intelligence, un Esprit de bon sens et de force, un esprit de connaissance et de respect de l’Eternel.

Et c’est à nous aujourd’hui qu’il appartient de faire paître ensemble le lion et le boeuf et de donner un même gite au loup et à l’agneau. C’est à nous qu’il appartient de juger avec droiture et de faire disparaître la méchanceté de cette terre.

Oui mes amis, je crois que cette prophétie elle concerne toute femme et tout homme qui veut se mettre en marche avec Dieu. Et je crois qu’à chaque époque, Dieu abat ce qui est trop lourd, ce qui empêche la vie d’éclore et de grandir. Il l’a fait à l’époque de Luther qui s’est dressé contre tout ce qui écrasait l’homme à son époque, l’empêchait de vivre la liberté et la grâce de Dieu. Et il veut le faire encore à notre époque. Et la tâche est immense.

Notre paroisse, notre EERV, l’église n’est pas la fin de l’histoire. N’en est pas le but. Aucune institution ne l’est. 6

Même Jésus n’est pas la fin de l’histoire, comme nous le prêchons trop souvent. Mais il faut dire à notre décharge que les textes du Nouveau testament ont été écrits pas des hommes qui le croyaient dur comme fer.

Non Jésus n’est pas la fin de l’histoire. Il est le commencement de toute chose. Il est effectivement ce rejeton d’Esaïe, mais dans le sens qu’il indique que l’espérance n’est pas morte. Qu’elle ne mourra jamais.

Et c’est à nous aujourd’hui qu’il appartient de porter cette espérance et de la faire vivre. Dans ce monde qui en a tellement besoin. Dans ce monde où sont à l’oeuvre tant de forces qui veulent écraser l’humain, le réduire à l’état d’un petit tas de bois mort…

Et Dieu est là. Présent au milieu de nous, nous pouvons en être assurés. Dieu qui veut alléger notre marche. Dieu qui fait reposer sur nous son Esprit et qui nous fait confiance pour inventer le reste.

 

Amen.