Lecture 1 : 1 Thessaloniciens 5 : 5-11

Tous, en effet, vous êtes fils de la lumière, fils du jour : nous ne sommes ni de la nuit, ni des ténèbres. 6 Donc ne dormons pas comme les autres, mais soyons vigilants et sobres. 7 Ceux qui dorment, c’est la nuit qu’ils dorment, et ceux qui s’enivrent, c’est la nuit qu’ils s’enivrent ; 8 mais nous qui sommes du jour, soyons sobres, revêtus de la cuirasse de la foi et de l’amour, avec le casque de l’espérance du salut.

9 Car Dieu ne nous a pas destinés à subir sa colère, mais à posséder le salut par notre Seigneur Jésus Christ, 10 mort pour nous afin que, veillant ou dormant, nous vivions alors unis à lui. 11 C’est pourquoi, réconfortez-vous mutuellement et édifiez-vous l’un l’autre, comme vous le faites déjà.

Lecture 2 : Luc 14 : 25-33

25 De grandes foules faisaient route avec Jésus ; il se retourna et leur dit : 26 « Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut être mon disciple. 27 Celui qui ne porte pas sa croix et ne marche pas à ma suite ne peut pas être mon disciple.

28 « En effet, lequel d’entre vous, quand il veut bâtir une tour, ne commence par s’asseoir pour calculer la dépense et juger s’il a de quoi aller jusqu’au bout ? 29 Autrement, s’il pose les fondations sans pouvoir terminer, tous ceux qui le verront se mettront à se moquer de lui 30 et diront : “Voilà un homme qui a commencé à bâtir et qui n’a pas pu terminer !”

31 « Ou quel roi, quand il part faire la guerre à un autre roi, ne commence par s’asseoir pour considérer s’il est capable, avec dix mille hommes, d’affronter celui qui marche contre lui avec vingt mille ? 32 Sinon, pendant que l’autre est encore loin, il envoie une ambassade et demande à faire la paix.

33 « De la même façon, quiconque parmi vous ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut être mon disciple.

 

 

Prédication

J’ai une bonne nouvelle pour nous ce matin.

Elle nous est transmise par l’apôtre Paul et elle nous rappelle que nous tous ici présents, nous sommes filles et fils de la lumière, filles et fils du jour.

Il était important que je commence par cela. Et il est important que nous nous rappelions d’abord de cela. Avant tout le reste.

Parce que je ne sais pas si vous l’avez remarqué mais nous chrétiens, nous protestants, nous avons bien plus souvent tendance à entendre ce qui nous culpabilise et nous condamne, ce qui est difficile à vivre et à réaliser que ce qui nous fait du bien et nous relève. Ce qui nous donne la force d’avancer.

Et typiquement nous venons de lire deux textes ce matin et je suis certaine que la parole qui vous reste en tête c’est : Celui qui ne porte pas sa croix et ne marche pas à ma suite ne peut pas être mon disciple…

Je pense que cette tendance à entendre d’abord ce qui nous condamne nous vient d’années et d’années de prédications réformées nous rappelant que nous sommes tous d’infâmes pêcheurs voués irrémédiablement aux flammes de l’enfer sans la grâce de Dieu et le secours du Christ miséricordieux.

Loin de moi l’idée de nier la réalité du mal. Il n y a qu’à regarder autour de nous pour voir qu’il se déchaîne bien plus souvent qu’à son tour mais je suis convaincue que ce n’est pas en surchargeant nos épaules avec de lourds fardeaux que nous ferons quoi que ce soit pour que le monde aille mieux. Je dirais même au contraire.

Alors ce matin, je voudrais nous inciter à entendre d’abord les encouragements de Paul qui nous dit que nous ne sommes ni de la nuit ni des ténèbres mais que nous sommes de la lumière et que nous avons à œuvrer, pleinement uni au Christ, voulus par Dieu, tels que nous sommes.

Et c’est en gardant cela à l’esprit que je voudrais reprendre avec vous les paroles de Jésus que nous venons de lire.

Parce que l’évangile si c’est d’abord l’annonce de la grâce de Dieu c’est également un appel à construire, un appel à se battre contre l’injustice, un appel à avancer, ce qui n’est jamais facile.

Et pour cela il faut bien dans un certain sens, mourir un peu à soi-même, mourir à ce que l’on était hier et qui risquerait de nous ralentir et de nous retenir prisonnier de certaines obscurités.

Le Christ dans le texte que nous venons d’entendre nous appelle à laisser tout ce qui alourdit et entrave notre marche. Et c’est de cette manière là que je comprends son injonction à haïr père et mère, conjoints et enfants.

Jésus ne nous encourage pas à haïr des personnes au contraire, vous savez bien qu’il nous demande d’aimer même nos ennemis, mais il nous encourage à couper toute mauvaise attaches, toute fausse loyauté, tous ces liens pourris qui nous entravent et nous empêchent de le servir.

De même porter notre croix n’est pas un appel au martyre ou à la souffrance, comme nous le pensons parfois. Comme s’il nous fallait souffrir pour être digne de suivre le Christ.

En réalité c’est dans notre vie de tous les jours que nous avons à porter notre croix.

Parce que la croix c’est ce qui nous fait mal, ce qui nous fait souffrir. C’est le mal que nous avons subi et également celui que nous faisons parfois subir aux autres. La croix c’est tout ce qui nous tue… La croix c’est tout ce qui nous paralyse et qui nous cloue au sol. C’est notre angoisse la plus profonde et notre pire cauchemar.

Et chacun de nous a sa propre croix. Et si Jésus nous appelle à porter notre croix c’est pour nous dire que nous pouvons venir à lui avec cette croix, avec ce qui nous préoccupe et qui nous hante, ce qui nous marque également ; parce que cette croix est une réalité de nos vies et qu’il en est parfaitement conscient.

Pas besoin de faire comme si. Pas besoin de faire semblant.

Mais la croix c’est également le rappel de notre propre finitude, de nos propres limites. En acceptant la croix, Jésus a accepté nos limitations humaines. Il a accepté la finitude et les limites qui sont le lot de tout être humain. Il a renoncé à sa toute puissance.

Alors la croix c’est l’expression de nos limites. Et les deux petites paraboles que raconte Jésus dans la suite du texte en sont un exemple.

Un roi – tout roi qu’il est – ne peut pas combattre 20000 hommes avec 10000. Un bâtisseur, tout bâtisseur qu’il est ne peut pas entreprendre la construction d’une tour s’il n’a pas les fonds nécessaires à cette tâche.

10000, c’est la limite de ce roi. Ce qu’il possède sur son compte en banque, c’est la limite du bâtisseur.

Et pour nous-mêmes, et pour moi-même ? Quelles sont nos propres limites ? Quel est le seuil infranchissable ?

Ce texte me dit toutes les frustrations qui sont les miennes parfois. Quand je désire une chose et que je n’ai pas les moyens de l’accomplir, de la faire se réaliser. Parce que ces moyens sont hors de ma portée, parce que ces moyens ne sont pas en ma possession.

Nous voudrions remporter des victoires, bâtir des empires et surtout changer le monde, le rendre plus beau, plus paisible, plus heureux – et parfois le monde c’est nos familles, c’est nos voisins – mais nous n’en avons pas les moyens.

Nous sommes limités et c’est cela notre croix.

Et c’est pour cela qu’il est important de prendre le temps de s’asseoir et de calculer, comme le font le roi et le bâtisseur de la parabole. Prendre le temps pour réaliser l’écart qu’il y a parfois entre nos idéaux, ce que nous voudrions et la réalité.

Ce temps de pause n’est pas une perte de temps, c’est un investissement vital. Prendre un temps de pause pour nous placer devant Dieu, nous laisser sanctifier, prendre conscience en vérité de nos forces et de nos croix, de nos fondations solides en Dieu et de l’élévation possible. Nous pouvons alors faire un fagot avec nos croix, les charger sur nos épaules et nous remettre en route.

Parce qu’il est important de se remettre en route. D’avancer toujours et encore à la suite du Christ. Stagner c’est mourir.

Et c’est comme cela également que nous pouvons comprendre cet appel radical de Jésus à « renoncer à tout ce que nous possédons pour pouvoir le suivre » : comme un appel à une certaine mobilité.

Ce n’est en tout cas pas un appel à devenir comme ces moines des premiers siècles qui sacrifiaient leur vie en ce monde avec un héroïsme morbide, comme Siméon Stylite qui vécut 40 ans sans quitter le sommet d’une colonne de pierre, à l’étroit sur son mètre carré, exposé à la pluie, au soleil et au vent en permanence !

Au contraire, l’appel au renoncement que Jésus nous donne ici est un appel à accepter la réalité de nos vies, la réalité de nos forces mais également le principe de changer, d’évoluer soi-même, et d’être aussi source d’évolution pour créer de nouvelles et belles choses, pour embellir la vie.

L’Évangile ce n’est pas une évasion hors de la réalité de ce monde. Au contraire, c’est avec notre fagot de croix, bien de ce monde, que nous sommes appelés à suivre le Christ.

Jésus nous aide à ouvrir les yeux sur la réalité, à prendre toutes ces croix qui nous crucifient, nous et notre monde, et à marcher à sa suite, conscients de ce qui nous limite, mais conscients également qu’il est avec nous justement et que – ainsi que nous l’avons rappelé tout à l’heure – nous sommes enfants de la lumière et que c’est cette double appartenance qui fera toujours la différence dans nos vies.

Amen.