Prédication du culte des 3 paroisses de Begnins-Burtigny, Genolier et St-Cergue à l’alpage de la Givrine, le dimanche 2 septembre 2017.

Lectures : Esaïe 56, 1-8 ; Ephésiens 2,18-22 ; Marc 9, 38-41

Quelle communauté l’évangile construit-il ? Voilà la question n°3 de la petite brochure « Réformés ? Et alors ! » que je vous propose toujours et encore de méditer avec moi en cette 500ème année de la réforme.

Quelle communauté l’évangile construit-il ? D’habitude ce genre de question me hérisse plutôt. Quand il s’agit de l’humain je me demande toujours comment et pourquoi quantifier, disséquer, mettre dans des cases ? Et dans le cas qui nous occupe pourquoi tenter de comprendre qui fait partie de la communauté et qui n’en fait pas partie ?

Certains me diront qu’ils ont pourtant raison les disciples de notre histoire. Ils ont raison de vouloir empêcher cet homme de chasser des démons dans le nom de Jésus puisqu’il ne fait pas partie de leur communauté. C’est vrai quoi ! Si on laisse tout le monde faire n’importe quoi, n’importe comment, sans avoir été estampillé du label adéquat c’est l’anarchie.

Si on laisse des laïcs élever la coupe au moment de la Sainte cène, si on donne un ministère de pasteur à des diacres, et si les pasteurs se mettent à faire la vaisselle pendant le marché de paroisse où va-t-on ?

Mais d’un autre côté est-ce qu’on peut inscrire des noms sur une liste – par ordre alphabétique bien sûr –… Alors lui… oui, lui… oui, elle… non, lui… non, elle oui…

Avez-vous remarqué combien il nous faut toujours tout maintenir dans certaines cases, dans un certain ordre : Celui-ci fait ceci, celle-là fait cela. Celui-ci est comme ceci, celle-là comme cela.

Bien sûr nous avons besoin de classer les choses et les gens, cela nous permet de comprendre le monde, mais la question que l’on peut se poser aujourdhui c’est : « Y aurait-il un critère pour dire qui fait partie de la communauté et qui n’en fait pas partie ? » Et puis y aurait-il un critère pour dire qui a le droit de faire telle ou telle chose et pas telle ou telle autre.

Pour répondre à ces questions il faut peut-être réfléchir à ce qu’est une communauté et les textes que nous avons lus vont nous y aider. 2

Parce que le problème, à mon avis, est que nous voyons toujours la communauté sous l’angle du « faire ». Or dans les textes que nous avons lus, pour Jésus et pour le prophète Esaïe, qui exprime la vision de Dieu, la communauté se définit plutôt sous l’angle de « l’être ».

Nous, nous avons toujours tendance à dire : « Vous êtes ce que vous faites. ». C’est notre monde et notre société actuelle qui veut cela. Vous êtes médecin, vous êtes quelqu’un de bien. Vous avez telle ou telle position en vue dans la société alors vous êtes quelqu’un de bien.

Mais Jésus propose à ses disciples un autre type de communauté. Son message à lui ce n’est pas « Vous êtes ce que vous faites. » mais « Vous faites ce que vous êtes ». C’est le regard de Dieu sur nous et c’est le message de Jésus à ses disciples.

Et là où les disciples procédaient par exclusion, il procède par inclusion et leur propose ce modèle de communauté minimaliste : « Qui n’est pas contre nous est pour nous ».

Cette communauté-là ne repose sur aucun talent, sur aucune performance, sur aucune adhésion, sur aucun choix, sinon celui dêtre dans une attitude daccueil. La communauté que décrit Jésus na aucun privilège, aucun talent spécifique, elle est juste « pour ».

Ce que Jésus propose est une communauté de l’absence : absence d’hostilité, absence d’aversion. C’est une communauté qui n’agit pas, qui ne fait pas, qui ne produit rien, c’est une communauté qui est simplement.

La véritable communauté ne se choisit pas, elle ne nait pas d’une sélection ou d’une classification. Elle est là, donnée, par grâce seule en quelque sorte. Nous ne pouvons qu’en faire l’expérience et pour en faire l’expérience être dans l’ouverture et dans l’accueil.

Parce que la communauté est d’abord un don, un don de Dieu.

Elle ne se définit pas par ceux qui en font partie, par ses limites et ses frontières, mais par l’écoute et la réception de la Parole de Dieu, par cet événement que nulle Eglise, nulle théologie ne saurait fixer, ni contrôler, ni vérifier, et qui peut subvenir finalement n’importe où.

Parce que le lieu de l’écoute, c’est d’abord le coeur de l’humain. Cela n’a rien à voir avec sa position ou ce qu’il fait. Cela a juste à voir avec une attitude profonde d’ouverture et d’accueil. 3

Dieu n’a pas besoin d’institutions pour se révéler. Il peut le faire où il veut et comme il veut car – comme le dit l’évangile l’esprit souffle où il veut.

Cet homme que les disciples tentent d’arrêter a juste entendu parler de Jésus. Peut-être qu’un ami d’un ami d’un voisin lui a dit qu’en prononçant le nom de Jésus on pouvait chasser les démons. Il n’est pas estampillé « disciple du Christ ». Il a juste été touché par la souffrance d’un autre être humain. Remué jusqu’au plus profond de son être par cette souffrance. Touché par l’injustice de cette situation. Et ce qu’il fait (chasser le démon qui provoque la souffrance) n’est que le résultat de la compassion qu’il ressent pour un autre que lui.

Voilà mes amis la communauté que construit l’évangile.

L’Eglise dépasse les communautés repérables et tous les chrétiens ne sont pas dans des Eglises visiblement organisées. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas que nous chrétiens qui gardons le droit et pratiquons la justice.

Si la communauté était une construction de quelques-uns ou de tous-, il nous faudrait des critères extérieurs pour la définir. Et nous fabriquerions une communauté par exclusion et non par inclusions. Toi tu as la bonne couleur tu peux entrer, toi non, restes dehors.

Dieu ne travaille pas ainsi. Lui regarde au coeur toujours. Et il parle au coeur de chacune et de chacun de nous.

On ne peut pas vraiment décider de qui suit Jésus et qui ne le suit pas. Qui fait partie de la communauté et qui n’en fait pas partie. On ne peut pas tout contrôler. Nous pouvons juste ÊTRE mes amis. ÊTRE ensemble.

Puisque chacun a un point de départ différent, chacun emprunte un chemin particulier pour rencontrer celui qui est « le chemin, la vérité et la vie ». Et la parole de Dieu incarnée dans nos vies n’est un moins pour personne, au contraire, d’une personne est un + pour chacun.

Alors ce matin en relisant les trois textes que nous avons entendu, je vais vous dire quelle communauté je crois que l’évangile construit.

Et je vous propose une communauté par inclusion et non par exclusion. Parce que 1 + 1 + 1 + 1 fait toujours en Dieu bien plus que 4. Parce que la différence de l’autre ne me menace pas mais m’enrichit d’abord. Et parce que Dieu multiplie et ne retranche jamais. 4

Une communauté de quêteurs et de mendiants de l’amour. Une communauté comme un refuge où l’on reprend souffle, où l’on lutte contre l’individualisme en se rassemblant autour d’une parole de communion, autour d’une table, tout simplement.

Une communauté où l’on s’annonce mutuellement une bonne nouvelle joyeuse, qui fait rayonner, avant de reprendre la route avec le Christ.
Une communauté où l’on prend soin des autres. Une communauté lieu du pardon qui appelle à des dons surprenants.

Une communauté où chacun se sent reconnu sans avoir à se justifier de ce qu’il a été, de ce qu’il est, ou de ce qu’il n’est pas, puisqu’il qu’il participe d’une même grâce et qu’il doit être accueilli comme tel. Cela est particulièrement important aujourd’hui où tant d’hommes et de femmes ont perdu confiance en eux- mêmes, et souffrent d’un manque d’écoute, de relation.

Mes amis l’évangile construit une communauté de bras cassés, une communauté de pardonnés, une communauté d’hommes et de femmes en marche vers une idéal de fous : un royaume d’amour où prévaudra la justice et le droit. Où l’on ne jugera plus à l’aune du faire ou de l’avoir mais à l’aune de l’être profond. Cet être que Dieu aime follement, passionnément.

 

Amen !